Diocèse d'Aix et Arles

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – Messe chrismale – Cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence

 Frères et sœurs, chers amis, en cette messe chrismale, je voudrais vous parler de la diaconie. La Parole de Dieu est claire : à la suite de Jésus, nous sommes envoyés auprès des pauvres, des prisonniers, des aveugles, des opprimés, auprès de tous ceux qui ont le cœur brisé. « Tous ceux qui pleurent, dit Dieu par la bouche de son  prophète,  je les consolerai… Ils étaient en deuil, je les parfumerai d’une huile de joie ; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête. Et vous, vous serez appelés les prêtres du Seigneur, les serviteurs de Dieu ». Voilà définie la diaconie, mission que Dieu lui-même confie à son Eglise : servir les pauvres, c’est servir Dieu.

 Servir les pauvres. Avant d’en appeler à notre conscience chrétienne, la solidarité avec les pauvres en appelle à notre conscience humaine, nous pourrions dire notre conscience politique. En cette semaine sainte, nous ne pouvons pas nous déconnecter du grand débat qui anime notre pays en vue des élections de ce printemps. La pauvreté touche, menace, inquiète des populations de plus en plus nombreuses ; les associations caritatives rencontrées lors de mes visites pastorales en témoignent : chômeurs en fin de droit, femmes seules avec enfants et sans travail, retraités aux pensions de misère frappent à leurs portes. Quelle politique pour lutter contre la misère, susciter la solidarité, endiguer  le chômage, soutenir les plus fragiles, donner des conditions de vie dignes à tous, en particulier aux étrangers ? Tout cela dans un contexte de grave crise qui voit des Etats au bord de la faillite, nécessite une réduction des dépenses publiques, appelle à une transformation de nos modes de vie, à une éducation des consciences. La doctrine sociale de l’Eglise donne des repères pour agir et nous engager. « La politique, disait le pape Paul VI, est la forme la plus haute de la charité », au service du bien commun.

Servir les pauvres. Notre conscience chrétienne se laisse aussi interpeller par Dieu lui-même. Il a parlé dans le Verbe fait chair et notre agir veut obéir à sa Parole. Nous voulons imiter le Christ. Ecoutons-le et contemplons-le. Il se fait proche des pauvres, des pécheurs, de ceux qui sont exclus et rejetés au sein de la société, il se laisse rencontrer et toucher par eux, il leur offre sa tendresse. Son cœur craque pour eux. Il désire les voir se relever, se remettre debout, il leur dit : « Lève-toi et marche ». Il s’est identifié aux pauvres. « J’étais malade, nu, en prison, étranger, et vous m’avez visité ». Enfin il s’est fait pauvre lui-même, il a épousé notre fragilité. En prenant notre condition humaine, il a éprouvé la faim, la soif, la maladie, la fatigue, la souffrance…jusqu’à l’angoisse. En choisissant librement de se laisser dépouiller de sa vie, il a  éprouvé jusqu’à l’abandon de Dieu.

Servir les pauvres. Notre célébration de ce soir nous y appelle. Les rites eux-mêmes de cette messe chrismale sont comme les sacrements de l’appel à servir les pauvres.

Le saint chrême que nous consacrons ce soir fait de nous le corps du Christ. L’onction de cette huile consacre les baptisés, elle les confirme, elle les met à part, elle les « christifie », elle les fait « christ ». Le baptême et la confirmation font du peuple des baptisés le corps du Christ, le Christ continué sur la terre, le Christ qui guérit, qui apaise, qui offre la tendresse du Père dans l’Esprit Saint, le Christ envoyé auprès des pauvres, des prisonniers, de tous ceux qui ont le cœur brisé.

L’huile des malades sera bénie pour l’apaisement des souffrances physiques et morales du corps blessé et souffrant du Christ. Elle n’agit pas de façon magique, mais dans la foi que Dieu en Jésus vient guérir l’humanité. Corps du Christ, l’Eglise prend dans ses mains l’huile des malades et offre au nom du Christ le sacrement de l’onction, signe visible de la douceur divine, de la tendresse invisible de Dieu, de sa force et de son pardon.

L’huile des catéchumènes sera bénie pour donner aux futurs baptisés la force de lutter contre le mal, de se dépouiller du vieil homme, pour que naisse en eux l’homme nouveau recréé par le Christ, l’homme sauvé et délivré de ses maux. Non pas de façon magique mais dans la foi en la force du Christ qui chasse les démons. Corps du Christ, l’Eglise prend dans ses mains cette huile bénie et la répand sur les mains des jeunes et des adultes appelés au baptême, priant Dieu de les imprégner de sa grâce au cœur de leur combat contre Satan.

Ainsi notre messe chrismale nous appelle à servir tous ceux à qui Dieu veut, de manière préférentielle, manifester son amour et offrir sa grâce. Le concile Vatican II dont nous commémorons le 50ème anniversaire a défini l’Eglise comme servante de l’humanité. A l’image du Christ serviteur, elle est servante des pauvres. Prêtres, vous avez été consacrés, mis à part, pour édifier le corps du Christ. Diacres, au cœur du monde, vous êtes ordonnés pour le service des pauvres. Prêtres et diacres, veillez à ce que toute l’Eglise soit ordonnée au service des plus pauvres.

Les évêques de France ont souhaité que soit ravivée davantage la mission diaconale de l’Eglise qui est en France. C’est le sens de la démarche Diaconia 2013. Cette démarche est au long cours, elle n’est pas un évènement, elle veut participer au renouveau de la diaconie et raviver la charité au sein de nos communautés. Je la résumerai en deux grands axes.

1-      La diaconie est la responsabilité de toute l’Eglise. Je remercie tous ceux qui, aujourd’hui dans notre diocèse, sont engagés dans le service des pauvres : les équipes du Secours Catholique, équipes Saint Vincent, Conférences saint Vincent de Paul, Service Evangélique des Malades, équipes d’aumônerie des cliniques et hôpitaux, d’aumônerie de prison, d’accompagnement des familles en deuil, et bien d’autres… ; je les souhaite de plus en plus nombreux, capables d’assurer la relève. Je remercie les diacres, nos entraîneurs pour le service des pauvres. Diaconia 2013 appelle à ce que la diaconie soit la responsabilité, non pas seulement de quelques-uns au sein de l’Eglise, mais la responsabilité de toute l’Eglise. Je fais le vœu qu’un grand élan de charité et de solidarité traverse notre Eglise diocésaine, nos paroisses et tous nos groupes.

2-      La diaconie de l’Eglise a sa source dans la charité du Christ qui se donne dans l’eucharistie. Diaconia 2013 invite à donner, en particulier le dimanche, le témoignage d’une diaconie en actes. Comment les chrétiens qui se rassemblent ce jour-là autour de l’eucharistie et y puisent au cœur du Christ la force d’aimer ne donneraient-ils pas immédiatement le témoignage de la charité qui les anime ? « Le dimanche est pour les pauvres le jour le plus triste de la semaine » me confiait une jeune femme. Comment en ferons-nous pour eux un « jour de joie, jour de fête ». Je sais que certains ont déjà organisé des tables ouvertes paroissiales ou autres initiatives de ce genre. Qu’elles soient, comme le pain, multipliées ! « La charité est inventive » disait Jean-Paul II.

« Dieu tout Puissant d’amour, puisque tu nous as consacrés dans le Christ, fais que nous soyons dans le monde les témoins d’un évangile du salut » (oraison de la messe chrismale).

 

 

le 4 avr 2012. inséré dans Paroles d'archevêque. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.

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